A propos de la corrida

July 26th, 2010 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

J’ai reçu récemment le message suivant en réaction à la lecture d’un passage de «Le jour où l’abeille disparaîtra… ». Je suis reconnaissant à ce lecteur d’avoir pris la peine de m’écrire. J’ai choisi de partager notre bref échange pour plusieurs raisons : malgré un petit ton ironique, il reste courtois; je crois sincèrement que ce correspondant et moi même avons en commun un réel souci de préserver la nature même si nous pouvons avoir des points divergents ; enfin, il illustre parfaitement la nécessité de se retrouver autour d’un dénominateur commun (la préservation de la nature) en acceptant parfois des pratiques ou points de vue qui peuvent nous paraitre choquants. J’ai visiblement heurté ce lecteur en incluant la corrida dans la liste des pratiques, qu’à titre personnel, je n’aime guère.

« Bonjour monsieur,
Je viens de finir votre livre acheté à la fête de l’huma 2009 . Livre somme toute très intéressant et instructif mais une fois de plus, monsieur l’écologiste, vous mélangez tout. Comment pouvez vous comparer l’assassinat de bébés phoques et de baleines, le finning sur les requins et toutes les choses épouvantables pour l’avenir de notre planète avec LA CORRIDA. Vous êtes vous un seul instant posé la question de ce que serait la Camargue sans ces dizaines d’éleveur de taureaux qui contribuent quotidiennement à la préservation de ces magnifiques sites naturels.
Il me semble après avoir lu votre très instructif et inquiètant livre que vous êtes beaucoup plus intelligent que ces pseudo associations de protection de la nature et anti corrida qui ne font que décrédibiliser la cause écologique qui par ailleurs devrait être une cause mondiale. Alors ne mélangez pas tout et renseignez vous sur la corrida et sur la vie de ces taureaux avant d’en parler.
Bonne continuation dans votre combat louable et essentiel
Cordialement »


A priori ce lecteur ne m’a pas bien lu puisque j’écris qu’ «on ne peut pas confondre la préoccupation du bien-être animal et la conservation » tout en ajoutant, certes, que « je ne comprends pas que la mise en scène de la mort d’un taureau puisse être un divertissement ». Un point m’échappe:  la mort d’un taureau qui a vécu libre, comme l’indique ce lecteur, serait noble alors que celle d’une baleine, qui a également vécu libre, serait barbare.

Voici ma réponse :
« Bonjour et merci d’avoir pris le temps de me lire. Je pense que vous n’avez pas bien du me lire car même si je n’aime guère la corrida et d’une façon générale la mise en scène de la mort qu’elle que soit sa forme, je fais la différence entre  ce qui relève du bien être animal et ce qui relève de la conservation. A ce titre, la corrida et la chasse dite “responsable” rentrent dans la première catégorie. J’ajoute qu’elles rentrent dans la même catégorie que ce que vous appeler (j’en suis surpris) l’assassinat des bébés phoques. En effet l’abattage des bébés phoque, tout barbare qu’il soit, est basé sur des quotas, qui permettent de ne pas mettre en danger l’avenir de l’espèce et de faire vivre une économie. Je n’apprécie pas davantage cette pratique mais elle est fondée sur le même argument que celui que vous avancez.
Vous avez de toute évidence raison à propos de la préservation d’espaces sauvages mais permettez moi de regretter qu’il faille justifier la préservation d’espaces de nature par de telles pratiques.
Je respecte votre point de vue comme celui des chasseurs avec lesquels je peux très bien travailler (et je pourrais sans aucun doute très bien travailler avec les éleveurs de taureaux de combat) mais permettez à “Monsieur l’écologiste” d’être en désaccord avec vous et d’assumer son choix de ne pas mettre les pieds dans une arène.
Cordialement

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2010 - Maintenant ou jamais

February 27th, 2010 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

iyb2010_logo_french_smCa y est, nous y sommes. Nous sommes rentrés dans l’année que les Nations unies ont décidé de dédier à la biodiversité et célébrée en grande pompe dans différentes capitales, dont Paris le 21 janvier. C’est une nouvelle année cruciale, celle des espoirs de voir enfin reconnu le rôle précieux que je joue tous les organismes vivants mais surtout celui de voir l’humanité toute entière revenir à la raison en préservant toute cette vie sur terre sans laquelle son avenir serait hypothéqué.
frontcover1Les attentes sont peut-être plus mesurées qu’en 2009 après les espoirs déçus de Copenhague mais reste qu’en 2002 l’ensemble des pays de la planète s’est engagé à réduire la perte de biodiversité avant 2010. L’objectif est très loin d’être atteint comme le montre, entre autres, l’analyse de la Liste rouge de l’UICN dont j’ai dirigé la publication l’année dernière (pour la première fois, il y aura une version française, très bientôt). Mais l’engagement demeure et les attentes restent fortes. Il est indispensable qu’elles le restent car l’enjeu est trop important! De nouveaux objectifs seront sans doute fixés en fin d’année au Japon pour 2015, 2020 ou même 2050 mais qu’en sera t-il des moyens que l’on se donnera pour enrayer la crise actuelle.

Cette année sera je l’espère l’occasion de parler de la biodiversité, de la nature, du vivant… Quelle que soit la dénomination on parle d’une même chose: la vie sur terre , une formule qui m’est chère! C’est l’occasion de faire davantage de pédagogie, d’expliquer aux citoyens que la biodiversité, l’environnement, les concernent, que l’environnement n’est pas une mode pas plus que ne l’est la culture, l’éducation ou l’économie.

sos_logo_v6-final-1st-decC’est aussi l’occasion d’expliquer que le débat environnemental ne se réduit pas aux changements climatiques mais aussi de contrer cette forme de négationnisme environnemental irresponsable qui semble progresser. Et peut-être, bientôt, après plus d’un an de travail, la création de SOS, un fonds dédié à la conservation des espèces vivantes…

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Merci “la crise”?

July 16th, 2009 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

Alors que le monde focalise son attention sur la crise économique, il est important de s’interroger sur ses véritables causes et de définir les vraies responsabilités. L’exercice  pourrait être riche d’enseignements, notamment afin d’endiguer la crise environnementale d’une bien plus grande ampleur et qui frappe déjà des centaines de millions d’individus de part le monde.

Il existe des parallèles intéressants entre ces deux crises. Dans les deux cas nous en sommes les uniques responsables et ce sont les plus démunis qui sont frappés alors qu’ils n’ont joué qu’un rôle mineur ou inexistant dans sa création. Dans les deux cas, nombreux sont ceux qui ont alerté très tôt l’opinion publique et le monde politique, pour être ignorés ou même ridiculisés. Malheureusement à chaque fois tout est fait pour reculer l’échéance des changements qui doivent être apportés, quitte à pousser le système existant jusqu’à son point de rupture.

Les crises suivent souvent un parcours établi. D’abord, une phase de pré-crise au cours de laquelle les problèmes commencent à se matérialiser. En général aucune mesure concrète n’est prise pendant cette période. Le système est alors irrémédiablement conduit vers une période de crise proprement dite au cours de laquelle s’installe un équilibre instable entre le déni et la reconnaissance de l’état de crise.
Chaque système est par nature résistant au changement et cherche à mettre en place des éléments visant à sous-estimer  ou à nier la crise, généralement à travers des messages faussement rassurants ou des accusations de catastrophisme. On observe ce phénomène pour la crise économique que certains prétendent passagère, comme pour les problèmes environnementaux qu’une minorité considère exagérés voire inexistants, à l’image de Claude Allègre les qualifiant de « pleurnicheries écologiques ». Cette phase de déni est généralement entretenue par des individus dont le rôle est de défendre le statu quo en s’appuyant sur une vision à très court terme.

La crise environnementale se matérialise par les changements climatiques, la pollution, mais également, on l’oublie un peu, le déclin des innombrables formes de vie sur terre. Elle est malheureusement bien plus grave car la nature ne peut être renflouée comme une banque ou une entreprise.

Si la nature était considérée comme une entreprise, elle serait de loin la plus grande multinationale de la planète. Elle génère des biens et les services aussi divers et essentiels que la production de nourriture, de médicaments, de matériaux ou d’oxygène…, le stockage du carbone, la pollinisation de nos champs et vergers, la stabilisation et la fertilisation des sols, la purification de l’eau. Elle est à la base d’une économie touristique croissante et, d’une façon générale, participe à notre bien être quotidien. Une vaste étude est en cours pour tenter d’en estimer le montant dont on sait déjà qu’il dépasse de très loin celui de l’économie mondiale.

Au cours de centaines de millions d’années, la nature a expérimenté en permanence, trouvé des solutions complexes et innovantes que nous découvrons peu à peu et utilisons à notre profit. Certains organismes ont prospéré, d’autres n’ont pas su s’adapter et ont périclité. Elle est arrivée à un équilibre extrêmement complexe en traversant de multiples crises. La nature continue d’inspirer nombre d’innovations que nous nous approprions fièrement. Elle continuera à apporter des solutions à nombre de nos problèmes, y compris la crise économique actuelle, pour peu qu’on se donne la peine de lui accorder l’importance et l’attention qu’elle mérite.

Loin de moi l’intention de réduire la nature à son aspect purement utilitaire. Néanmoins si on poursuit la comparaison, on constate qu’elle a prospéré sans subvention, qu’elle a mis en place le plus vaste programme de recherche et développement dont on puisse rêver. Elle n’a besoin d’aucune intervention pour se rétablir pour peu qu’on lui laisse l’opportunité de prospérer. Et, sans le moindre budget publicitaire, rêve ultime de beaucoup de dirigeants d’entreprise, elle compte aujourd’hui plus de 6 milliards de clients dont la survie dépend de ses produits. Le problème vient-il donc du fait que ce qu’elle produit est gratuit ou du moins considéré comme tel ? Doit-on mettre un prix sur la nature pour en reconnaître son importance ?

Aujourd’hui on perçoit des frémissements dans l’opinion, une prise de conscience qui a certes été encouragée par le Grenelle de l’environnement mais surtout par des décennies de travail d’individus et d’ONGs visionnaires. Il y a encore quinze ans, évoquer la protection de l’environnement vous faisait passer pour un illuminé, un misanthrope, un doux rêveur ou un empêcheur de tourner en rond. Aujourd’hui un film sur la planète attire plus de 9 millions de spectateurs en France et les élections européennes plébiscitent les écologistes. Les choses ont bien changé mais la prise de conscience tarde encore à se traduire en actions concrètes d’envergure. L’environnement est à la mode et devient même un atout politique que nos gouvernants pourraient utiliser davantage. Mais on ne touche encore que la surface des problèmes à résoudre. Certains sujets restent tabous, à l’image de la croissance économique ou l’augmentation de la population humaine, toujours présentées comme des nécessités. Tout est fait pour maintenir coûte que coûte le système actuel. Peut-être par manque d’alternative, mais bien davantage par manque d’imagination et d’ambition.

Les changements climatiques vont modifier très profondément et surtout très rapidement les écosystèmes qui assurent notre bien-être et notre survie en tant qu’espèce. Il faut donc un changement de cap très sérieux dans nos méthodes de productions et nos habitudes de consommation.
La crise économique et financière a un impact majeur sur nombre d’entre nous et il est donc délicat d’y voir des aspects positifs. Pourtant, l’augmentation récente du prix du pétrole a engendré une diminution de la consommation dont on ne peut que se réjouir, en espérant que cette baisse se poursuive. La crise du secteur automobile va peut-être enfin pousser les constructeurs à changer leurs pratiques pour développer des moyens de transport plus responsables. Mais plus important, la crise économique constitue une occasion unique de s’interroger sur l’ampleur du gaspillage de nos ressources ou sur ce qui contribue au bien-être de chacun. Il y a urgence à redéfinir notre rapport avec la consommation de biens matériels et, surtout, avec la nature.  Peut-être va-t-on redécouvrir l’évidence : ce qui est bon pour l’environnement l’est aussi pour notre propre bien-être et notre porte-monnaie.

La nature possède une certaine tolérance aux perturbations et une grande capacité de résilience. Il ne s’agit donc pas de cesser toutes nos activités mais seulement de s’affranchir de certaines habitudes et convenances sociales liées à la consommation de biens matériels. Il existe bien souvent une alternative qui n’engendre que peu de contraintes et devient rapidement un réflexe naturel. Il est important aujourd’hui de revendiquer avec fierté sa préoccupation pour l’environnement en affichant ainsi des valeurs de respect, solidarité et d’humanisme.

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Poursuite de l’érosion de la vie sur terre

July 2nd, 2009 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

frontcover Wildlife in a changing worldEn 2002 la quasi-totalité des pays de la planète se sont engagés à “réduire de façon significative la perte actuelle de diversité biologique aux niveaux global, régional et national pour contribuer à la réduction de la pauvreté et pour le bénéfice de toute vie sur terre”.

Il y a aujourd’hui des critiques contre la formulation de cet objectif que je ne partage pas car il explique clairement qu’il est indispensable de préserver la nature aussi bien pour sa valeur purement utilitaire que sa valeur propre (esthétique, spirituelle ou récréative). Il met aussi l’accent sur l’importance d’agir à tous niveaux; on aurait pu certes y rajouter le niveau local!

Malheureusement cet objectif ne sera pas atteint comme le démontre la dernière publication de l’UICN analysant en détail les données de la Liste rouge des espèces menacées. Tous les indices présentés montrent un déclin continu et persistant de la vie sauvage.

J’ai eu le privilège d’être l’éditeur en chef de cet ouvrage. C’est l’aboutissement d’un travail collectif collossal qui, je l’espère contribuera à accélérer la prise de décision en faveur de la nature.

Pour plus de détails et notamment le communiqué de presse en français, consulter le site du programme pour les espèces de l’UICN. Pour accéder directement au rapport, cliquer ici.

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Bientôt de retour…

February 20th, 2009 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

Le site a connu quelques petits problèmes vraisemblablement à cause d’un afflux de spam. Je le reconstruis peu à peu avec l’aide précieuse de Gabriel qui m’a grandement aidé à le mettre en place et que je remercie. Cela prend un certain temps surtout quand on a une activité professionnelle prenante. Avec un hiver aussi parfait pour le ski, il est également difficile de résister à l’appel des pentes enneigées et de la poudreuse, et de ne pas profiter au maximum du temps libre pour chausser skis et peaux de phoques afin de s’immerger dans les espaces sauvages grandioses des Alpes ou du Jura près desquels j’ai la chance de vivre.

La tâche est néanmoins bien avancée et le site reprendra vie très bientôt avec je l’espère l’ajout de vidéos, interviews, diaporamas et, pour commencer, un petit billet sur le sujet d’actualité: la crise. Mais parle t-on de La véritable crise, celle à côté de laquelle la crise actuelle nous paraîtra peut-être anecdotique? La crise économique et financière ne crée t-elle pas une opportunité unique nous permettant de nous interroger sur notre modèle de développement et son impact sur toutes les formes de vie sur terre. A bientôt.

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Du mieux pour les baleines

August 21st, 2008 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général, Espèces menacées, La biodiversité, Océans, pêche No Comments »

baleine-a-bosse-photo-kewalo-basin-marine-mammal-laboratory-and-the-dolphin-institute-low-res.jpgLes bonnes nouvelles sont rares alors même si la situation générale des baleines et des dauphins reste préoccupante, comment ne pas se réjouir de l’augmentation des populations de certaines baleines, notamment la baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) ou la baleine franche australe (Eubalaena australis)  qui leur vaut un déclassement sur la Liste rouge 2008 de l’UICN vers la Catégorie Préoccupation mineure.

Les passionés de “whale watching” peuvent se réjouir, le spectacle sera encore assuré dans les océans pour quelque temps. Leur nombre reste néanmoins bien inférieur à ce qu’il était avant qu’elles ne soient décimées par la chasse et la situation de certaines populations restent préoccupantes.

C’est un succès évident des programmes de conservation et du moratoire sur la chasse à la baleine décrété en 1986. Ce succès reste fragile car les menaces restent nombreuses et ces bonnes nouvelles risquent d’aiguiser la convoitise des nations baleinières accusant de façon répétée les baleines d’épuiser les stocks de poissons, oubliant que les pratiques de pêche en sont la cause principale. 

Si l’évolution est favorable pour ces deux espèces, près du quart des espèces de cétacés sont considérées comme menacées et la plupart des petits cétacés côtiers et d’eau douce se rapprochent davantage de l’extinction. La situation pourrait s’avérer bien pire du fait que la moitié des espèces (44), sont classées dans la catégorie Données insuffisantes et pourraient très bien être également menacées; des études plus complètes permettront de le préciser. Le plus gros animal de la planète, la baleine bleue (Balaenoptera musculus), le rorqual commun (Balaenoptera physalus) et le rorqual boréal (Balaenoptera borealis) restent toujours classés En danger, dans l’attente de davantage d’éléments prouvant leur amélioration.

Le vaquita (Phocoena sinus), un marsouin du golfe de Californie, au Mexique, sera très probablement le prochain cétacé à s’éteindre. Déjà classé comme En danger critique d’extinction, il est estimé que 15% de sa population en déclin meurt dans des filets maillants chaque année ; il n’en reste que 150 encore vivants à l’état sauvage. Le baiji ou dauphin du Yang Tsé (Lipotes vexillifer) se trouvait déjà dans la catégorie En danger critique d’extinction, peut-être éteint sur la Liste rouge de l’ UICN de l’année dernière ; on craint le même sort pour le vaquita. 

Les cétacés restent menacés dans nombre de régions par les collisions avec des bateaux, l’emmêlement dans des engins de pêche, la détérioration des habitats, le déclin des espèces proies et les perturbations sonores notamment créées par les sonars militaires auxquels on attribue une augmentation des échouages massifs depuis 30 ans. L’impact des changements climatiques qui risquent d’entrainer le déclin des populations de krill dont se nourrissent les grands cétacés de l’Antartique, est aussi à craindre.

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Mangerons-nous les singes jusqu’au dernier?

August 6th, 2008 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

Indri (Madagascar) - Photo JC ViéLes défenseurs de la cause environnementale sont fréquemment dépeints comme des rabat-joies, des catastrophistes, qui à force de mauvaises nouvelles lassent l’opinion pour qui la vie quotidienne n’est déjà pas toujours gaie. Certes ! Mais comment faire prendre conscience de la réalité des problèmes et surtout motiver des réactions d’envergure, des changements à la mesure de l’ampleur de l’éradication de la vie sur terre. Nous cherchons les bonnes nouvelles et nous empressons de les relayer quand nous en trouvons. Malheureusement elles ne sont pas si nombreuses et, si on peut se réjouir de l’amélioration de la situation des tamarins lion dans ce qu’il reste de la forêt atlantique brésilienne après 30 ans d’efforts ou de l’augmentation du nombre de gorilles de montagne, la situation générale des primates est plutôt catastrophique.

Dans un rapport rendu public le 5 août, l’UICN et Conservation International ont annoncé que près de la moitié des 634 espèces et sous-espèces de singes de la planète étaient menacées d’extinction. La situation est particulièrement dramatique en Asie du Sud Est comme le Cambodge, le Laos et le Vietnam où plus 90% des espèces sont menacées d’extinction. La Chine, objet de toutes les attentions ces jours ci, vient au 5ème rand des pays abritant le plus gros pourcentage d’espèces menacées avec 77.8%. En comparaison, le Brésil et Madagascar, respectivement 1er et 2ème pays à abriter le plus grand nombre d’espèces (110 et 92) n’en compte « que » 36,4% et 40.2%.

En cause un peu partout la déforestation qui, même si elle n’est pas toujours responsable directement de la disparition d’une espèce, permet aux chasseurs d’accéder à des zones toujours plus reculées en créant de nouvelles pistes dont l’accès est rarement contrôlé.  C’est ce que l’on constate par exemple en Guyane française qui abrite 8 espèces de singes ; bien que protégés ils régressent sur toute la bande littoral et subissent, à l’intérieur du territoire, une pression de chasse très importante associée à l’orpaillage clandestin. On peut ajouter que les singes restent des animaux de compagnie convoités et que certaines espèces sont utilisées dans les médecines traditionnelles.Colobe de Zanzibar - Photo JC Vié

Les primates vivent le plus souvent en groupe et sont relativement bruyants ; la grande majorité est également diurne ce qui en fait une cible de choix pour les chasseurs.  Le taux de reproduction de la plupart des espèces est relativement faible ce qui les rend très sensible à une pression de chasse même modérée.

Les primates habitent les régions tropicales. Un grand travail de sensibilisation, de protection est nécessaire au niveau local.  Européens, américains du nord… peuvent sembler démuni de moyens d’action mais ce serait oublié que nous importons de nombreux produits provenant  de régions où les singes sont bien présents : bois tropicaux, huile de palme, minerais… Pour aider les singes, il est impératif de réduire cette demande et de s’assurer que les sources d’approvisionnement sont gérées de façon irréprochable.

Pendant ce temps une espèce de primates se prétendant « sage », en toute modestie, se porte à merveille, avec une augmentation exponentielle de sa population, de son besoin d’espace et de son appétit illimité pour les ressources naturelles…

Plus d’information en cliquant ici

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La vie sauvage: un luxe?

July 16th, 2008 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

A l’invitation de la BBC je tente de donner quelques éléments de réponse dans leur “Green Room” cette semaine.

Dans un monde de plus en plus citadin, argumenter en faveur de cette évidence est un des plus grands défis auquels le monde de la conservation de la nature est confronté. Vos commentaires m’intéressent donc tout particulièrement. C’est en anglais pour changer ;0).

Pour accéder à l’article cliquer ici

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Si c’est Jean-Jacques qui le dit…

July 14th, 2008 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général No Comments »

On parle parfois de faire des choix parmi les espèces que l’on souhaite sauver de l’extinction. Certains préconisent un tri, une simplification par une élimination des espèces qui remplieraient des fonctions similaires. Pour ma part, je suis convaincu que si une espèce existe et se trouve à un endroit précis, c’est qu’il ya une bonne raison. L’argument a bien sûr peu de poids face aux acteurs économiques et politiques, j’en conviens.

La nature est la plus vaste entreprise connue de nous; son secteur Recherche et Développement a testé des millions de formes de vie sur des millions d’années; elle a pris son temps et a bénéficié d’un budget illimité; elle a évolué, s’est adaptée pour produire une diversité qui ne peut que susciter émerveillement. Elle a aussi produit l’environnement le plus favorable qui soit pour que l’homme s’épanouisse au point d’atteindre une population de plusieurs milliards d’individus.

Je visitais une belle exposition au Musée de Genève récemment et suis tombé sur cette phrase de Jean-Jacques Rousseau qui lui aussi faisait confiance à son instinct et au bon sens: “Jamais la nature ne nous trompe; c’est toujours nous qui nous trompons”.

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Faut-il donner un prix à la nature?

June 23rd, 2008 Jean-Christophe Vié Posted in Biodiversité - général 3 Comments »

Les choses les plus précieuses sont-elles les plus chères? Si l’on regarde le prix accordé à la nature, la réponse est clairement “non”. Prenons l’exemple de l’eau, absolument indispensable à l’éclosion de la vie terrestre et notre propre survie, et celui des bijoux, dont on peut très facilement se passer. Les articles récents faisant état de pollution massive des fleuves français soulignent le peu d’attention accordée à cette resource si précieuse. En revanche les bijoux des grands joailliers sont enveloppés des plus beaux écrins et bénéficient de mesures de protection sans égale. La grande différence entre les deux est peut-être que les bijoux ont un propriétaire qui se soucie de préserver et valoriser son bien alors que l’eau n’en a pas et qu’il n’y aucun marché incitant à sa protection.

Je n’aime pas l’idée qu’il faille mettre un prix sur la nature ou chaque espèce mais, notre monde étant gouverné par l’économie, il est important d’en utiliser le language et les outils pour démontrer de façon rigoureuse que la nature est la plus grosse économie sur notre planète et utiliser de solides arguments économiques pour sa préservation. C’est ce que tente de faire une étude sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité inspirée du rapport Stern sur l’impact économique des changements climatiques. Cette étude appelée de ses voeux par les ministres de l’environnement des pays les plus industrialisés (G8 + 5) a fait l’objet d’un rapport d’étape le mois dernier, à Bonn, au cours de la conférence de la Convention sur diversité biologique.

Le résultat sera, bien sûr, imparfait puisque entre en considération des valeurs éthiques ou esthétiques étrangères à l’économie; chaque peuple, chaque composante de la population a un lien différent avec la nature; pour certains elle est sacrée, pour d’autres purement utilitaire voire un obstacle au développement. Par ailleurs, il est impossible d’estimer le coût de la vie et impossible de reconstituer des écosystème complexes; de nombreux bénéfices que l’on tire de la nature ne sont pas quantifiables et on ne peut les reconstituer que très approximativement. Les chiffres obtenus sont tellement astronomiques qu’ils ne signifient peut-être plus grand chose pour le commun des mortels…

Cette étude devrait néanmoins fournir un outil puissant à destination des politiques. A titre d’exemple, les seules aires protégées (parcs, réserves naturelles…)  qui couvrent 10% des terres émergées et moins de 1% des océans, généreraient entre 4,400 et 5,200 milliards de dollars chaque année.

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